Reiki & Shintô

 

Le Shintô de Usui

 

 

 

L’ère Meiji : un Shintô reformulé.

Pour apprécier la valeur du Shintô d’Etat, il convient de faire quelques rappels historiques.

En juillet 1853, les « bateaux noirs » américains de l’amiral Perry envahissent la baie d’Edo au Japon, suivis d’une flotte armée par Lord R..., qui attaque les clans Satsuma et Choshu au Sud. Le financier R... fait assassiner l’empereur Kinmu et fait placer sur le trône impérial Toranosuke Omura, âge de 16 ans (qui deviendra l’empereur Meiji). Le Japon est sommé de mettre fin à la féodalité, au prix d’une guerre civile sanglante et d’un désastre économique, dont l'Ile du Soleil Levant mettra 25 ans à se remettre. 

Les puissances financières étrangères et les nouveaux hommes forts du pays utilisent alors le Shintô pour reformuler une doctrine d’Etat : le néo-Shintô. Restaurer la fonction impériale n’est qu’un moyen, il a été souvent utilisé dans l’histoire du Japon. Meiji est déménagé à Tokyo sans égards. Il n’est qu’une marionnette dans les mains des puissants de l’Empire britannique. La Maison impériale japonaise est chargée de le tenir sous contrôle. Le modèle victorien est très nettement une source d’inspiration.

 

Pour autant, il s’agit là d’un néo-Shintô, recomposé par des intellectuels au service des Rothschilds. L’industrialisation et la modernisation de l’économie indiquent une vue qui n’est pas traditionnelle, mais purement économique. Le peuple est désormais condamné au matérialisme et on lui donne une pseudo-religion pour le tenir tranquille. Le nationalisme mobilisera les foules fanatisées et la guerre se chargera de liquider toute velléité de subversion. Le nouveau régime pense sur le modèle anglo-saxon et agit avec le même cynisme. 

Ainsi, jusque dans les années 1930, le Japon se développe industriellement et n’est qu’une nouvelle colonie de la haute finance britannique. L’Empire nippon tente alors de se libérer de cette tutelle. En effet, si l’intelligentsia nippone est élevée à l’occidentale, on lui rappelle vite que les hommes blancs sont les maîtres et que les hommes de couleur ne sont que leurs serfs, fussent-ils de hauts rangs.

 

Le Japon se tourne alors vers l’Asie et tente de créer un espace libre de toute influence occidentale. Evidemment, il est conduit à quitter la Société des Nations et à s'allier par la suite aux pires régimes nationalistes européens. Le piège de Pearl Harbour se referme sur l’illusion japonaise. Les Anglo-saxons ont armé et utilisé la Marine nippone pour se débarrasser du Tsar de Russie, auquel la famille du financier R... vouent une haine. Toutefois, attirés dans le Pacifique, leur action contre les Américains n'est qu'une nouvelle manipulation destinée à faire entrer dans la guerre l’opinion publique des Etats Unis, pourtant hostile à cette idée. Le « péril jaune » et le « cruel et perfide Nippon » sont des armes efficaces de la propagande coloniale, à côté du Bolchévique au couteau entre les dents ou du Juif au nez crochu. Le Japon est un jouet dans les mains de l'Occident. 

Après 1945, la maîtrise du pays passe dans les mains de la famille aristocratique R... (d'origine française), associée du financier R..., mais qui est parvenue à les évincer pour un temps. Contre la garantie d’une protection de toute invasion, des USA et de l’URSS, les Japonais inondent le monde des fruits de leur labeur et détiennent 5.000 milliards d’actifs en Amérique. Ils sont payés en retour par la « monnaie de singe » de la Réserve Fédérale, propriété des grands banquiers anglo-saxons (ce n’est pas une banque d’Etat, mais un organisme privé qui vend au peuple américain et à l’Etat de l’argent, créé à partir de rien, à sa valeur nominative).

Après la chute de l’URSS, les Japonais tentent de se débarrasser une nouvelle fois de cette tutelle. Sommés de revaloriser le change du Yen face au dollar (il passe de 360 à 79 USD), les Nippons sont contraints de délocaliser en Asie leur production : la Chine entre dans le giron capitaliste et les Etats Unis sont affaiblis au coeur même de leur dispositif industriel. Sous la menace de frappe électromagnétique par l’arme bioclimatique Haarp sur leur potentiel de centrales atomiques, les successifs Premiers Ministres (dont Heizo Takenaka) cèdent la finance de leur pays aux banquiers anglo-saxons. De nombreux politiciens japonais sont assassinés dans les années 90 ... et une crise économique balaie l’Asie. Elle doit demeurer, comme le Japon, sous contrôle de l’Empire anglo-saxon ... car si les colonies ont disparues, le colonialisme a subsisté. 

La restauration impériale Meiji est donc un ersatz, dans les mains d’oligarques issus de l’aristocratie européenne en révolte et leurs vassaux japonais. Cette doctrine, dont Mikao Usui sera le missionnaire en Chine et en Occident, selon les indications de la stèle de Saihoji, ne peut donc fonder un mode de vie sédentaire régulier. Mikao Usui le constate sur sa propre vie. Non seulement, il ne parvient à aucune élévation sociale, mais ses conditions de vie sont bien précaires. C’est surprenant pour quelqu’un qui est issu d’une famille de samouraïs et même un parent éloigné de l’Empereur.

Peut-on considérer que parvenu à une croisée de chemin, l’expérience de Kurama marque un retour au nomadisme intégral, et pourquoi pas au Bouddhisme puisque Mikao Usui pratique alors le Zen, une école épurée de la tradition propre au Japon ? Ce qui est génant, dans cette analyse, est que le vocabulaire employé par Mikao Usui pour décrire le Reiki est clairement celui du Shintô.

S’inscrit-il alors dans un retour au Bouddhisme, qu’il traduit maladroitement. Tout en conservant le vocabulaire shintoïste qui était le sien, Mikao Usui aurait traduit une expérience relevant de la doctrine du Bouddha avec des termes issus du Shintô.  Au contraire, l’expérience de Mikao Usui est-elle dans la perspective du "renouveau chamanique", en marge du Shintô d’Etat ? Des enseignants de Reiki en sont convaincus et argumentent leur opinion en faisant valoir que l’on a la preuve que Mikao Usui fréquentait des leaders de ce milieu. Est-ce suffisant ? Il est alors utile de comprendre ce quoi il s’agit. 

 

 

 

Les néo-spiritualismes de l’ère Meiji.


A côté du Shintô d’Etat, qui rend la présence au sanctuaire obligatoire et fait oeuvre de prosélytisme (Mikao Usui est un missionnaire du mouvement), se développe une renouveau du Chamanisme ancestral nippon.

A cette époque, des leaders spirituels charismatiques font leur apparition, et ressuscitent les arts martiaux, souvent en les liant à des sources occultistes occidentales (Société théosophique, spiritisme, mesmérisme, franc-maçonnerie). Les samouraïs, désarmés par le changement de régime, trouvent ainsi une occupation et une utilité sociale. L’art martial se vulgarise, jusqu’à se rendre accessible aux foules occidentales. C’est dire alors son degré d’abaissement intellectuel, font remarquer les Japonais traditionnels.

Dans la perspective du renouveau du Shintô chamanique, la médium shintoïste Nao Deguchi fonde, avec son gendre Onisaburo Deguchi, le « Oomoto-kyô » (大本教). Elle publie, en 1909, la revue « Chokurei-gun », qui semble avoir eu une influence déterminante sur Morihei Ueshiba, le fondateur de l’Aïkido. Le terme de « Chokurei », que l’on retrouve dans le Reiki, est-il une preuve suffisante du lien Reiki / Oomoto ? Rien n’est moins sûr.

De même, Mokichi Okada fonde le « Sekai kyusei-kyô ». Pratiquant de l’Oomoto au début, il finit par créer sa propre école suite à des expériences mystiques intenses, notamment de guérison. Son enseignement est empli de paix et de bonté, avec une préoccupation nette pour la protection de la nature et la valorisation de sa dimension spirituelle.

Tennen Kuwabara et Morihei Tanaka, fondateur du « Taireidô », sont alors des spirites de grand renom. Morihei Tanaka établit le quartier général de sa secte, près de la ville de Miyamacho, où est né Mikao Usui. Il y développe une méthode comparable au Reiki, appelée « Rei(shi)jutsu », dont on affirme que Mikao Usui avait été le pratiquant. Aucune source n’ettaye cette hypothèse fantaisiste.

Kawatsura Bonji (1862-1929), du mouvement syncrétiste shintô-bouddhiste, vulgarise une méthode de purification (« misogi ») à l’aide d’exercices ascétiques (« Chinkon Kishi-no-hô »), permettant de fusionner la conscience, qu’il attribue aux cellules du corps (on retrouve cette technique dans certaines écoles de Reiki), au « Naoi », la conscience de l’univers. Morihei Ueshiba l’a intégrée dans l’Aïkido et il est concevable que Mikao Usui ait rencontré ces deux personnages ; au moins le second, comme une source crédible, mais à vérifier, tendrait à l’indiquer.

Ainsi, selon un professeur japonais, Hideyuki Kokubo, du National Institute of Radiological Sciences et qui étudie le Ki en laboratoire, le terme Reiki serait identique à celui de Reijutsu. Il indique :
« Au début du 20ème siècle au Japon, un boom du Reijutsu eu lieu dans le pays. Alors, les pratiquants du Reijutsu étendirent leurs activités au delà des mers, enseignant en Mongolie en 1911 et enseignèrent à des personnes en Occident (…) Un des buts du Reijutsu était d’améliorer la santé, utilisant différentes techniques incluant d'imposer les mains, toucher directement avec les mains et effectuer différents rituels. A présent, il y a différents groupes qui pratiquent la thérapie de Reijutsu au Japon. Egalement, différentes organisations de Reijutsu, comme le Reiki ont été réactivées en modernisant leur style, parfois ré-importées de l’étranger ou la technique d'origine a été simplifiée ou modifiée (…) Les historiens considèrent que le Reijutsu était influencé par Kurusomi Kyu (école Shintô), établie au 19ème siècle. On considère que l’histoire du Tchi-kong chinois a été influencée, depuis le début du siècle, en ce qui concerne le fait d’émettre le Ki externe par les techniques et les conceptions du Reijutsu et du Mesmerisme  ».

On assiste à un pullulement de techniques de guérison, plus ou moins farfelues à cette époque. Le Docteur Bizan Suzuki, entre 1910 et 1920, publie un ouvrage intitulé « Kenzen-no Genri » (« Règles pour une bonne santé »), qui comprend des préceptes semblables aux cinq Principes du Reiki.

Les mouvements néo-shintoïstes sont assez hétérodoxes, et trahissent une influence de l’occultisme et des idées occidentales. Du point de vue de l’expérience indienne, ce sont de sortes de Jaïnisme, qui prônent un retour à l’état naturel, donc au nomadisme. Leur caractère est en conséquence assez belliqueux et il ne faudra pas s’étonner que quelques uns adhèrent au mouvement nationaliste (comme Ueshiba, le fondateur de l’Aïkido), voire aux mouvements d’extrême droite européens (c’est le cas de Eguchi, qui pose sur une photo dans l’uniforme fasciste italien).

Le fait également que des femmes aient animé ces cercles occultistes, avec un sentiment de revenir à un équilibre entre hommes et femmes dans la gestion des fonctions sociales (alors que la sédentarité protège les femmes pour permettre la conception d’enfants sans tares), semble un net retour au culte de la fertilité du nomadisme. Le caractère subversif de ce mouvement néo-chamanique est très clair et tranche avec le Shintô d'Etat, ancien et nouveau, attaché à la personne de l'Empereur. 

Conclure que le Reiki est un produit du néo-chamanisme de l’époque Meiji nous semble donc assez abusif, faute de preuve écrite ou de témoignage crédible. De toute manière, Mikao Usui indique que son pouvoir de guérison a été découvert accidentellement et que sa méthode est le fruit de son ascèse, longue et difficile, lors de laquelle il n’a reçu aucune initiation au Reiki de quinconque. Ces indications du manuel de soin devraient normalement clore le débat. Le reste est spéculations de bouddhistes et de shintoïstes, qui entendent dissocier les deux traditions. 

 

 

 

 


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